« Stimulons la compétitivité de nos entreprises en notant leur informatique »
Par Pierre Bonnet, DG d’Orchestranetworks et Saïd Elinkichari, PDG du cabinet GEC
« Les systèmes
informatiques au sein des entreprises recèlent de véritables bombes à
retardement qui menacent la compétitivité de notre économie. ...
Au cours des trente dernières années,
les grands groupes industriels et de services ont investi des sommes
considérables dans le développement de leurs propres systèmes
informatiques (équipements et logiciels).
Toutes les activités de l’entreprise
(production, gestion, vente, etc.) sont aujourd’hui tributaires de
l’informatique ; celle-ci est devenue un facteur-clé de la
performance globale.
Or la plupart des
systèmes informatiques développés par les grandes entreprises se sont
complexifiés à l’excès et ont mal vieilli. Ce qui est une source de
fragilité préjudiciable.
La rapidité des évolutions
technologiques, les changements de standards et de réglementations, les
rapprochements et fusions d’entreprises, la pression des fournisseurs
informatiques, les effets de mode … ont abouti dans les entreprises à un
empilement des logiciels par couches successives, un
« mille-feuilles » coûteux et d’une opacité totale.
Seuls les informaticiens connaissent, et
pas toujours très bien, le contenu de cette
« stratification » de logiciels et la façon dont les données
sont gérées.
Opacité, obsolescence et complexité excessive des systèmes informatiques
empêchent aujourd’hui nos plus grandes entreprises d’optimiser leur
fonctionnement, de déployer de nouvelles activités, de gagner en agilité
et de répondre rapidement à de nouvelles normes ou contraintes
internationales
Cette situation est
dangereuse : elle est source de fragilité et de risques pour les
entreprises engagées dans la bataille de la mondialisation.
Or, sans informatique performante une grande entreprise ne peut être compétitive.
Sensibiliser les Directions générales à cet enjeu capital
Une refonte en profondeur des systèmes informatiques de nos entreprises s’impose !
Les Directions générales ont aujourd’hui
du mal à saisir l’importance de ces enjeux. Elles considèrent, en
effet, l’informatique comme un coût et non comme un actif ...
Pourtant l’intelligence logicielle
développée à l’intérieur de nos grands groupes (certains employant plus
de 10 000 informaticiens) fait partie intégrante du capital immatériel
de l’entreprise, au même titre que ses marques, ses brevets, ses
innovations…
Il est donc urgent de sensibiliser les
Directions générales et les conseils d’administration à la nécessité
d’actualiser et de valoriser ce « capital logiciel ».
Manque de fiabilité des données
L’impératif d’une meilleure gouvernance,
le renforcement des règles prudentielles internationales (Sarbanes
Oxley, Bale 2, Solvency…) imposent aux entreprises une plus grande
transparence et une meilleure traçabilité de l’ensemble de leurs
données. Or, paradoxalement aujourd’hui, du fait de la complexité
excessive et de l’opacité des systèmes informatiques, nul n’est capable
de garantir que les flux de données traitées traduisent fidèlement la
réalité de l’activité de l’entreprise.
Ainsi, par exemple, l’auditeur n’a aucun
moyen de contrôler la vérité et la fiabilité des informations qu’il est
censé certifier…
Pour entretenir et valoriser ce capital
immatériel, garant d’une meilleure transparence et d’une meilleure
gouvernance, les entreprises doivent procéder à une refonte en
profondeur de leurs systèmes informatiques.
Cette reconstruction est possible en
réorientant une partie des investissements de la maintenance vers la
reconstruction des systèmes.
Voici ce que nous proposons pour stimuler la refonte des systèmes informatiques.
1. Instaurer un bilan spécifique annuel et une agence de notation
Pour encourager la mise à niveau et la
valorisation du « patrimoine logiciel » des entreprises, nous
proposons que les grands groupes soient tenus à publier, annuellement, à
côté de leur bilan financier et de leur bilan RSE, un troisième bilan
rendant compte de la gestion de leurs systèmes informatiques.
Ce bilan « IL » pour Intelligence Logicielle, devrait être apprécie et noté par une agence de rating indépendante, à l’instar des agences de notation financière et de notation RSE (responsabilité sociale & environnementale) existantes.
Cette agence de notation à vocation
européenne, devrait être composée de professionnels et de personnalités
reconnues pour leur expertise et leur réputation, de façon à élaborer
des critères d’évaluation et des référentiels faisant autorité.
Il nous semble que la France devrait prendre le leadership de cette initiative en convainquant les autres Etats membres de l’Union européenne de s’associer à la création d’une telle agence de rating.
Le système de notation devrait être
compréhensible par les dirigeants d’entreprises et les actionnaires -
pas seulement par les informaticiens ! De façon à permettre aux
comités de direction et aux conseils d’administration de décider en
connaissance de cause des mesures d’amélioration et de refonte des
systèmes informatiques de leur entreprise.
2. créer une incitation fiscale simple à mettre en œuvre
Pour que les entreprises puissent
améliorer leur notation et, donc, accroître leur compétitivité, et de
façon à stimuler les investissements dans la reconstruction des systèmes
informatiques, nous proposons que les sommes investies dans ce
processus soient éligibles au crédit d’impôt recherche (CIR), au même
titre que les dépenses de R&D. »
Pierre Bonnet, DG d’Orchestranetworks et Saïd Elinkichari, PDG du cabinet GEC
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