Appel en faveur d’une notation du Capital SI des entreprises, pour stimuler la compétitivité (*)
( * ) Ce projet a été adressé à Monsieur Le Président de la République le 25 mai 2009.
Synthèse :
Sans informatique performante une grande entreprise ne peut être compétitive.
Pour encourager la mise à niveau et la valorisation du
« patrimoine logiciel » des entreprises, nous proposons que
les grands groupes soient tenus à publier, annuellement, à côté de leur
bilan financier et de leur bilan RSE, un troisième bilan rendant compte de la gestion de leurs systèmes informatiques.
Ce bilan « IL » pour Intelligence Logicielle, devrait être apprécié et noté par une agence de rating indépendante, à l’instar des agences de notation financière et de notation RSE (responsabilité sociale & environnementale) existantes.
Il nous semble que la France
pourrait prendre le leadership de cette initiative en convainquant les
autres États membres de l’Union européenne de s’associer à la création
d’une telle agence de rating.
Pour que les entreprises puissent améliorer leur
notation et, donc, accroître leur compétitivité, et de façon à stimuler
les investissements dans la reconstruction des systèmes informatiques, nous proposons que les sommes investies dans ce processus soient éligibles au crédit d’impôt recherche (CIR), au même titre que les dépenses de R&D.
1. Le constat.
Les systèmes informatiques au sein des
entreprises recèlent de véritables bombes à retardement qui menacent la
compétitivité de notre économie.
Au cours des trente dernières années, les grands groupes
industriels et de services ont investi des sommes considérables dans le
développement de leurs propres systèmes informatiques (équipements et
logiciels).
Toutes les activités de l’entreprise (production,
gestion, vente, etc.) sont aujourd’hui tributaires de
l’informatique ; celle-ci est devenue un facteur-clé de la
performance globale.
Or la plupart des systèmes informatiques développés par les grandes
entreprises se sont complexifiés à l’excès et ont mal vieilli. Ce qui
est une source de fragilité préjudiciable.
La rapidité des évolutions technologiques, les
changements de standards et de réglementations, les rapprochements et
fusions d’entreprises, la pression des fournisseurs informatiques, les
effets de mode… ont abouti dans les entreprises à un empilement des
logiciels par couches successives, un « mille-feuille »
coûteux et d’une opacité totale. Seuls les informaticiens connaissent,
et pas toujours très bien, le contenu de cette
« stratification » de logiciels et la façon dont les données
sont gérées.
Opacité, obsolescence et complexité excessive des
systèmes informatiques empêchent aujourd’hui nos plus grandes
entreprises d’optimiser leur fonctionnement, de déployer de nouvelles
activités, de gagner en agilité et de répondre rapidement à de nouvelles
normes ou contraintes internationales.
Cette situation est dangereuse :
elle est source de fragilité et de risques pour les entreprises engagées
dans la bataille de la mondialisation.
2. Sensibiliser les Directions générales à cet enjeu
Une refonte en profondeur des systèmes informatiques s’impose !
Les Directions générales ont aujourd’hui du mal à saisir
l’importance de ces enjeux. Elles considèrent, en effet, l’informatique
comme un coût et non comme un actif.
Pourtant l’intelligence logicielle développée à
l’intérieur de nos grands groupes (certains employant plus de 10 000
informaticiens) fait partie intégrante du capital immatériel de
l’entreprise, au même titre que ses marques, ses brevets, ses
innovations…
Il est donc urgent de sensibiliser les Directions
générales et les conseils d’administration à la nécessité d’actualiser
et de valoriser ce « capital logiciel ».
L’impératif d’une meilleure gouvernance, le renforcement
des règles prudentielles internationales (Sarbanes Oxley, Bâle 2,
Solvency…) imposent aux entreprises une plus grande transparence et une
meilleure traçabilité de l’ensemble de leurs données. Or, paradoxalement
aujourd’hui, du fait de la complexité excessive et de l’opacité des
systèmes informatiques, nul n’est capable de garantir que les flux de
données traitées traduisent fidèlement la réalité de l’activité de
l’entreprise.
Ainsi, par exemple, l’auditeur n’a aucun moyen de
contrôler la vérité et la fiabilité des informations qu’il est censé
certifier…
Pour entretenir et valoriser ce capital
immatériel, garant d’une meilleure transparence et d’une meilleure
gouvernance, les entreprises doivent procéder à une refonte en
profondeur de leurs systèmes informatiques. Cette reconstruction est
possible en réorientant une partie des investissements de la maintenance
vers la reconstruction des systèmes.
3. Propositions destinées à encourager la refonte des systèmes informatiques
Proposition 1 : Un bilan spécifique annuel
Pour encourager la mise à niveau et la valorisation du
« patrimoine logiciel » des entreprises, nous proposons que
les grands groupes soient tenus à publier, annuellement, à côté de leur
bilan financier et de leur bilan RSE, un troisième bilan rendant compte
de la gestion de leurs systèmes informatiques.
Ce bilan « IL » pour Intelligence Logicielle,
devrait être apprécié et noté par une agence de rating indépendante, à
l’instar des agences de notation financière et de notation RSE
(responsabilité sociale & environnementale) existantes. Cette agence
de notation à vocation européenne, devrait être composée de
professionnels et de personnalités reconnues pour leur expertise et leur
réputation, de façon à élaborer des critères d’évaluation et des
référentiels faisant autorité.
Il nous semble que la France devrait prendre le
leadership de cette initiative en convainquant les autres États membres
de l’Union européenne de s’associer à la création d’une telle agence de
rating.
Le système de notation devrait être compréhensible par
les dirigeants d’entreprises et les actionnaires - pas seulement par les
informaticiens ! De façon à permettre aux comités de direction et
aux conseils d’administration de décider en connaissance de cause des
mesures d’amélioration et de refonte des systèmes informatiques de leur
entreprise.
Proposition 2 : une incitation fiscale simple à mettre en œuvre
Pour que les entreprises puissent améliorer leur
notation et, donc, accroître leur compétitivité, et de façon à stimuler
les investissements dans la reconstruction des systèmes informatiques,
nous proposons que les sommes investies dans ce processus soient
éligibles au crédit d’impôt recherche (CIR), au même titre que les
dépenses de R&D.
(Paris, le 19 mai 2009)
Par Pierre BONNET, Directeur général de ORCHESTRA NETWORKS, Fondateur du Sustainable IT Architecture et Saïd ELINKICHARI, Président Directeur général du cabinet GEC (Générale Europe Consultants).